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22 mars 2011

Voulez-vous coucher avec moi ?

 

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Si vous êtes un homme hétérosexuel et que je vous pose la question, il y a de grandes chances (largement plus d'une sur deux) que vous acceptiez. Par contre, si je me transforme en homme et que vous êtes une femme hétérosexuelle, il y a très peu de chances (quasiment aucune, d'ailleurs) que cela se produise.

Les différences de réponse à une sollicitation sexuelle, entre hommes et femmes, sont connues depuis longtemps. En 1989, une étude de Clark et Hatfield fut l'une des premières à le démontrer empiriquement. Devenue depuis classique, elle se fondait sur une série d'expériences menées entre 1978 et 1982 et dans lesquelles des passants étaient abordés par des individus du sexe opposé qui leur proposaient la botte. Ces expériences furent reconduites 10 ans après (le SIDA en plus), et les résultats n'évoluèrent pas beaucoup.

Cette année, le chercheur en sciences du comportement, le Pr. Nicolas Guéguen (un Français ! Madame !) a remis le couvert. Pourquoi maintenant ? De une, et pourquoi pas. De deux, parce que la dernière grande enquête sur la sexualité des Français, dirigée par Nathalie Bajos et Michel Bozon, montre que la situation évolue drôlement pour les femmes. Si, entre 1970 et 2006, le nombre de partenaires sexuels de hommes hétérosexuels n'a pas vraiment changé, il a quasiment doublé pour les femmes. Ces dernières sont aussi plus promptes à consommer du matériel pornographique, à fréquenter des clubs échangistes, ou encore à avoir une relation sexuelle avec un parfait inconnu rencontré sur Internet (la fo-lie, quoi).

On pourrait donc imaginer qu'elles se décoincent un peu, et acceptent plus volontiers de laisser libre cours à leur « imagination ».

Eh bien, pas la peine de faire durer le suspense plus longtemps : non. Mais comment Nicolas Guéguen s'y est-il pris pour le savoir ? Voilà qui est aussi intéressant, la preuve :

Sélection des dragueurs :

Dans son expérience, pour jouer le rôle des dragueurs, deux femmes et deux hommes furent choisis par Guéguen au sein d'un groupe d'étudiants de l'Université de Bretagne Sud comptant 14 individus pour les hommes, et 11 pour les femmes. Les critères de sélection étaient purement physiques : le niveau d'attractivité des individus mâles fut jaugé par 24 étudiantes, et 20 de leurs camarades furent, quant à eux, responsables de l'évaluation physique des potentielles dragueuses.

Pour chaque sexe, les deux lauréats représentaient le niveau d'attirance le plus haut, et un niveau moyen. Les dragueuses sélectionnées avaient toutes les deux 22 ans, 21 et 22 ans pour les dragueurs.

La drague :

Durant des jours de semaine ensoleillés de mai 2006, entre 18h et 20h30 (outre le printemps et les hormones, cette période fut choisie pour minimiser les risques que les cibles soient déjà attendues ailleurs), les dragueuses et les dragueurs avaient comme objectif de s'adresser, au hasard, à 120 personnes du sexe opposé, âgées au pifomètre entre 18 et 25 ans, qu'ils jugeaient désirables, qu'ils ne connaissaient pas, et de leur demander soit

1/ d'aller boire un verre dans leur appartement,

soit directement

2/ de coucher avec eux.

Dès que les cibles avaient répondu (pour des raisons éthiques évidentes, on n'est pas des sauvages, même en Bretagne) l'expérience s'arrêtait là, et les sondeurs-dragueurs leur remettaient un document comportant des informations sur le laboratoire de recherche de Nicolas Guéguen, avec son numéro de téléphone. Personne ne l'appela pour obtenir des renseignements supplémentaires (ou se plaindre)((ou demander l'identité des sondeurs pour les stalker sur Facebook))((etc.)))

Résultats :

Pour le sondeur dragueur moyennement attirant, 23% des femmes interrogées acceptèrent d'aller boire un verre, et 0% de coucher avec lui. Les chiffres grimpaient à 57% pour l'homme le plus attirant, et (attention les yeux) 3% pour la proposition directement sexuelle.

La sondeuse-dragueuse moyennement attirante reçut, elle, 80% de réponses positives à sa proposition d'aller boire un verre et 60% à sa requête explicitement coïtale. Les chiffres de sa collègue super-bombasse furent de 97% de réponses positives à la première question, et 83% à la seconde.

 

Où l'on comprend donc pourquoi les hommes dragueurs de rue sont si persévérants, et pourquoi, quand on est une femme, il suffit, finalement, de peu d'attraits pour pouvoir rapidement faire le tour du monde avec son cul. CQFD.

Merci bien bonsoir.

 

20:05 Publié dans Chiffres, etc. | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : extension du domaine de la lutte, nicolas guéguen | |  Facebook

03 mars 2011

Pour qui sonne le glas ? Pour le sperme finlandais

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Pas une semaine sans que d'affolantes nouvelles nous arrivent du front du sperme ! C'est affreux ! Cela me donne envie de creuser à mains nues un abri antiatomique et d'aller m'y réfugier, non sans avoir auparavant couru en rond autour de moi-même pour manifester toute l'étendue de ma panique !

Cette fois-ci, l'horreur nous vient de Finlande.

Cette étude, publiée dans l'International Journal of Andrology, montre que la qualité du sperme finlandais s'est détériorée de manière très significative ces dix dernières années. Comme de par hasard, le nombre de cancers des testicules, toujours chez les Finlandais (c'est qu'on parle de la même étude depuis le départ) a lui aussi très fortement augmenté.

L'étude a été menée par Jorma Toppari, de l'Université de Turku (ville que je connais parfaitement, car j'y ai pris un jour un ferry qui m'a amenée à Stockholm), et portait sur trois cohortes d'hommes âgés de 19 ans, dont les spermatozoïdes ont été observés entre 1998 et 2006.

Chez ceux nés en 1979 et 1981, le nombre de spermatozoïdes par éjaculat s'élevait à 227 millions – chiffre qui s'abaissait à 202 millions pour ceux nés entre 1982 et 1983, puis 165 millions pour ceux nés en 1987.

Soit, attention, je prends ma calculette (en vrai c'est la fausse calculette de windows, mais elle fonctionne pareil), cela nous donne 62 millions de spermatozoïdes de perdus en moins de dix ans !

(Là je pense à la blague disant que si l'avortement est un meurtre, la masturbation est un génocide, mais je ne sais pas si elle est fort à propos rapport à l'actualité – en même temps je ne bois pas, vais très rarement dans des cafés, et encore moins à la Perle, et ne suis pas directeur d'une collection de haute-couture, j'ai donc envie de dire OUF, mon ignominie est sauve)

Autre chiffre alarmant, le nombre de spermatozoïdes normaux, en termes morphologiques, est passé de 18 millions à 11 millions.

(Oui, je vous annonce aussi que moins de 10% des spermatozoïdes présents dans un éjaculat sont dits « normaux ».)

Enfin, histoire de vous foutre encore plus le cafard (si cafard il y a, car à un niveau personnel et intérieur de moi-même, ça aurait plutôt tendance à me réjouir, il faut vous préciser aussi que je serais gothique), sachez que ces résultats sont tout particulièrement significatifs, car la fertilité masculine finlandaise était, jusqu'à présent, relativement épargnée des affres du déclin spermatique observé partout ailleurs.

Et si les chercheurs n'ont pas, encore, mis la main sur les causes ultimes de ce dépérissement gonadique, sa rapidité et sa récence les font pencher vers une explication environnementale – pollution zé autres perturbateurs endocriniens que nous autres, éloignés de la terre qui ne ment pas de nos ancêtres les rutabagas, bouffont par tous les trous à longueur de journée.

(Et qu'on l'aura bien cherché si on crève tous de mort parce qu'on sera puni par là-même où on a péché : LA PREUVE.)

15 janvier 2011

Au Japon : le sexe, on s'en fout !

 

3046342511_92795b7ccc_b.jpgSuite (et loin d'être fin) du tour du monde du sexe et de la procréation, option Asie, aujourd'hui : le Japon.

Et que se passe-t-il au Japon ? Selon une étude conjointement menée par le Planning Familial et le Ministère de la Santé, menée sur 1301 individus âgés de 16 à 49 ans, les Japonais se désintéressent de plus en plus du sexe.

36 % des hommes âgés de 16 à 19 ans expriment ainsi leur insensibilité, voire leur opposition au sexe - soit 19% de plus, par rapport aux chiffres de 2008.

Chez les femmes du même âge, elles sont 59% (whaouh ! bravo les filles !) à voir le sexe (en général, hein, pas uniquement le péni') avec indifférence et dégoût. Soit 12% d'augmentation depuis 2008.

Les moins désobsédés du lot seraient les hommes de 30 à 34 ans, marquant par seulement 5,8% leur flegme sexuel - contre 8,3% en 2008. Comme quoi il y a aussi de bonnes nouvelles dans ce sondage. Ou pas. Ah ah.

Chez les couples mariés (330 individus en couple, dans toute l'étude), on applaudit bien fort : près de 40% n'ont eu aucune relation sexuelle le mois passé, soit 4% de plus par rapport à 2008, et ah, je défaille, 10% de plus par rapport à la même enquête de 2004 !

Au palmarès des raisons données à cette apathie conjugale (pourquoi en faut-il, des raisons, c'est la question que je me pose) :

1 > un vague dégoût après avoir mis bas donné la vie

2 > l'envie de rester tranquille

3 > la fatigue après le travail

Selon Kunio Kitamura, directeur du Planning familial japonais, ces chiffres marquent le développement d'une catégorie d'hommes «herbivores», à savoir beaucoup plus passifs et sans grandes ambitions dans leurs relations avec leurs congénères féminines. (Oui, comme je ne lis pas non plus le japonais, je ne sais pas si ce sondage prend en compte autre chose que l'hétérosexualité). Dans une interview à la NHK, Kitamura déclare même : «ces résultats semblent refléter le manque croissant de profondeur dans les relations humaines d'une société trop affairée.»

C'est beau, et ça me fait penser (oui, je pense beaucoup, c'est là mon drame) aux NEET, sur lesquels l'Internet vous offre un merveilleux petit reportage ci-dessous :

 

***

> Crédit photo

14:17 Publié dans Chiffres, etc. | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : japon, asexualité, sondage | |  Facebook

04 janvier 2011

Simulation masculine et féminine : la faute au scénario sexuel

3936469485_9832d1810f_o.jpgTadam ! Champagne ! Voici un nouveau blog ! D'ailleurs, avant d'en venir aux choses sérieuses, savez-vous ce qui est blanc, tombe en hiver, et contient la lettre C ? (Bah de la neige ! connard !)

Oui, de rien.

Sinon, figurez-vous qu'en novembre dernier, Charlene L. Muehlenhard et Sheena K. Shippee (Université du Kansas) ont publié une étude dans The Journal of Sex Research montrant que la simulation sexuelle est somme toute assez bien partagée entre hommes et femmes. Chez ces dernières, cela semble aller de soi, vu qu'un tiers d'entre elles souffriraient au cours de leur vie d'anorgasmie, et 10% seraient tout bonnement incapables d'atteindre l'orgasme (on appelait ça la « frigidité » dans le temps). Dans l'étude de Muehlenhard et Shippee, les chiffres concordent : sur les 101 étudiantes interrogées, 53,5% ont déjà simulé un orgasme.

Mais le plus étonnant (enfin, j'imagine, car moi, cela va sans dire, je suis blasée), c'est qu'à la question des chercheuses « vous êtes-vous déjà comporté comme si vous aviez un orgasme, alors que ce n'était pas le cas, ou avez-vous déjà dit que vous aviez joui, alors que ce n'était pas vrai », 25% des 180 garçons ont répondu par l'affirmative.

L'acte le plus incitateur de simulation est sans conteste la pénétration vaginale (que 85% des garçons et 68% des filles interrogés avaient déjà pratiquée), car 28% des hommes et 67% des femmes on déclaré avoir menti dans ce cas-là. Les autres types de rapports sexuels (stimulation manuelle, orale et, oui, cela comptait dans l'étude, phone-sex) n'étaient générateurs de faux-orgasmes que pour 10% des garçons et 19% des filles (même s'il faudrait qu'on m'explique comment simuler - quand on est du côté du pénis - en cas de fellation)((en commentaire, par exemple)).

Par contre, le plus intéressant ne vient pas tant de ces chiffres, mais dans les raisons données par les simulatrices et simulateurs à leurs mensonges. (N.B. : dans ce genre d'étude dite « qualitative », le nombre relativement faible de participants, et la difficulté de donner une quelconque signification statistique aux résultats est suppléée par plus de précision, d'analyse et de compréhension des comportements observés.)

Car comment justifier ces faux orgasmes ? Par le fait qu'ils mettent fin au rapport sexuel ! Les hommes voulant aussi qu'une telle conclusion ne paraisse pas trop louche, et les femmes qu'elle ne blesse pas (psychologiquement) leurs partenaires. De plus, chez 20% des femmes, la simulation aurait été causée par l'impression que leur partenaire masculin était sur le point de jouir - une grosse partie d'entre elles notant même, qu'en général, elles arrivent très bien à jouir, mais qu'elles simulent pour ne pas avoir à le faire après lui.

Et en disant intéressant, je voulais aussi dire dramatique : car si simulation il y a, ce n'est donc pas tant pour des raisons de manque de désir, voire de peu d'intérêt pour le sexe (oui, il y a des gens que le sexe emmerde, j'ai écrit tout un livre dessus, *jingle*), mais en fonction de ce qui semble une rupture d'un scénario sexuel préétabli. Ce scénario sexuel, que les simulatrices et simulateurs souhaitent suivre avec le plus de « conscience professionnelle » possible, comme le disent les chercheuses, se déroule ainsi : le rapport sexuel commence, la femme jouit, l'homme jouit, le rapport sexuel se termine. En d'autres termes : la simulation n'est pas tant le signe d'une sexualité « déficiente » que le symptôme d'une sexualité utilitariste (le sexe a un but et un seul : l'orgasme) et sociale (mais que va-t-elle/va-t-il penser de moi - ou de ses « performances » si je ne jouis pas ?).

Évidemment, d'un point de vue évolutionnaire, tout cela se comprend. Mais nous le verrons plus tard...à chaque jour suffit sa peine : bienvenue sur ce nouveau blog !

 

***

> Référence : Muehlenhard, Charlene L. & Shippee, Sheena K. (2010), « Men's and Women's Reports of Pretending Orgasm: Data and Conceptual Issues », in Journal of Sexual Research, novembre, 47, 6, pp.552-67.

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21:23 Publié dans Chiffres, etc. | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : fellation, orgasme, simulation | |  Facebook

 
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