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26 avril 2011

Enfance et puberté : Lolita vous demande de lui lâcher les ovaires

 

4733717916_163b84f2e1_b (1).jpgEn fait, je voulais aujourd'hui vous parler d'Odile Buisson et du clitoris, mais le hasard, cette vieille carne désabusée, m'a encore barré la route d'un article qui m'a bien mis les nerfs, comme on dit vulgairement.

(Alors je vous en parlerai plus tard, du clitoris et d'Odile, considérez cela comme du teasing.)

Comme je suppose que vous savez tous lire, je vous la ferai courte au niveau du résumé de cette énième resucée jérémiadante (du verbe jérémiader : pousser des jérémiades) sur les affres du temps présent que tout fout le camp par rapport à celui d'avant. Sujet précis, ici : les petites filles seraient « sexuées » de plus en plus tôt, on n'a jamais vu ça, c'est affreux, maman, les générations futures vont toutes finir dans du porno, le sexe intégralement épilé, etc.

Évidemment, le problème ne concerne que les filles. Les garçons ont beau chercher à se tabasser et se tirer sur l’élastique dès qu'ils descendent de la table à langer, il ne s'agit certainement pas d'un signe de « sexualisation ». Pas de ceux, du moins, qui menacent l'équilibre de la so-ci-é-té.

(Car tu contrôleras ton sexe, ma fille.)

Néanmoins, les vertus de l'énervement ayant des limites – non, je ne suis pas comme ces femmes des musées qui, régulièrement, ressentent l'urgence de casser des assiettes en poussant des cris stridents – mes nerfs se sont rapidement dépelotonnés, et il me faut maintenant admettre que cet article est dans le vrai, sur un point : dans nos sociétés, l'âge de la puberté avance.

Mais alors, je vous vois tous grelotter, c'est vraiment affreux ?

Pas tant que ça, et même pas du tout, rassurez-vous (et/ou trouvez un autre sujet de flippe).

Explications :

La puberté est un phénomène complexe, se manifestant chez l’humain, et chez les deux sexes, par la modification des caractères sexuels primaires et secondaires (appareils génitaux, seins, pilosité, voix). Ces changements physiologiques sont accompagnés de modifications psychologiques elles aussi nombreuses. Biologiquement parlant, et chez les mammifères que nous sommes, la puberté signale le début de l’âge reproductif. Et, porca miseria :

1) ce signal n'arrive pas chez tout le monde au même moment

Chez les filles, l’âge des premières règles est variable, tout comme l'est celui, chez les garçons, de la première éjaculation. Plusieurs travaux ont montré qu’il existe une horloge génétique pour ce phénomène, et des différences perceptibles entre les individus ou les groupes. Mais les gènes ne racontent pas ici toute l’affaire (comme toujours, me direz-vous, et vous aurez raison). De nombreux autres travaux ont montré que le mode de vie influence l’expression de ces gènes : stress prénatal et postnatal, nutrition ou perturbateurs endocriniens sont susceptibles de faire varier l’apparition des premières règles. On parle de « plasticité développementale » pour désigner ce phénomène, qui s’explique assez bien : si l’évolution avait sélectionné un déterminisme strict des gènes sur le développement des organismes, la moindre modification de milieu aurait été fatale à des populations entières. Le fait que les signaux génétiques (et ici hormonaux) soient sensibles à des stimuli du milieu contribue à l’adaptativité des organismes (Cf. Darwin).

2) la survenue moyenne de ce moment n'a pas toujours été la même

N'en déplaise à Serge Hefez (c'est parce que ça rime, je n'ai rien contre ce pauvre homme), l'âge de la puberté a varié au cours de l’évolution humaine. En 2006, dans un papier de synthèse, Peter D. Gluckman et Mark A. Hanson s'étaient penchés sur la question.

Des recherches menées sur les premiers Homo sapiens de la période paléolithique, notamment les squelettes d’enfant, ainsi que sur les populations contemporaines de chasseurs-cueilleurs dont le mode de vie s’en rapproche le plus, montrent ainsi que l’âge des premières règles se situait probablement vers 7 à 13 ans, la capacité reproductive s’installant entre 9 à 14 ans. En moyenne, la majorité des jeunes filles était donc féconde vers 10-12 ans.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Néolithique a créé des conditions défavorables qui ont eu tendance à retarder de plusieurs années la puberté. L’augmentation de la densité de population, consécutive à la sédentarisation, et l’accroissement des échanges ont favorisé le développement des maladies infectieuses, souvent responsables de retards dans le développement des enfants. Aussi, les ressources en nourriture se sont mises à dépendre des récoltes et de l’élevage, et sont devenues plus incertaines et irrégulières que celles de la chasse-cueillette. Bon nombre de générations ont souffert de famines, qui retardent également l’âge de la puberté (quand elles frappent soit la mère enceinte, soit l’enfant après sa naissance).

Du point de vue de l’âge reproductif des jeunes filles, dont s'émeut (ouin) le Nouvel Observateur, notre époque tend donc à se rapprocher à nouveau du Paléolithique. Et pour cause : les conditions de vie s'améliorent constamment dans les sociétés développées depuis 150 ans, certaines maladies infectieuses de l’enfance sont en régression, l’hygiène et la nutrition n’ont jamais été aussi favorables.

Conséquence : depuis quatre générations, on assiste à une baisse régulière de l’âge de la puberté. De nouveau, les enfants atteignent la maturité sexuelle vers 10-11 ans..

Le problème, c’est que nos sociétés ont dans le même temps repoussé l’âge marital, et le statut symbolique d’homme et de femme s'est considérablement éloigné de leur capacité reproductive proprement dite. Pour reprendre les mots de Hanson et de Gluckman,

« pour la première fois dans l’histoire de notre espèce, la maturation biologique précède largement la maturation psychosociale ».

Et voilà ce qu'exprime fondamentalement cet article du Nouvel Observateur : la difficile conciliation entre la préservation tardive du statut symbolique de l'enfant et l’avancement progressif de la période reproductive.

Par contre, à vos clochettes, les prophètes de la fin des temps, car si nos conditions de vie continuent à s'améliorer, rien ne dit que l'âge de la puberté ne cesse de s'abaisser encore...

 

19:48 Publié dans En cours | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : puberté, évolution, peter d. gluckman, mark a. hanson | |  Facebook

26 février 2011

16% des hommes ne jouiraient jamais...

 

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Branle-bas de combat (attention, astuce), selon un article du New York Daily News – repris aussi à droite et à gauche – 16% des hommes n'auraient jamais d'orgasme en éjaculant.

Petit problème : depuis qu'il traîne dans mon dossier « trololo à traiter sur Pornologie » (depuis le 18 janvier dernier, parfaitement, soit environ un siècle et demi en termes de l'actualité contemporaine du temps d'aujourd'hui), il m'a été tout bonnement impossible de mettre la main (astuce ?) sur l'étude de Darius Paduch mentionnée dans le papier.

Évidemment, un chiffre tout nu (métaphore bien coquine) comme ça, ça ne veut pas dire grand chose. Et même s'il me paraît fort crédible, ne pas savoir (par exemple) sur combien d'individus portait cette étude, ou qu'elle en était la méthode de collecte des données, cela me turlupine (etc.).

Alors, comme souvent en cas de connaissances lacunaires, si promptes à stimuler le va-et-vient de mon esprit malade (et le vôtre aussi, je vous ferais dire), les pensées et les concepts jaillissent sous ma boîte crânienne...

Par exemple : et si nous faisions (rien à voir avec le faisan) l'hypothèse que cette étude soit « bonne » (et ne soit pas une « étude à la con »), et qu'en réalité de la vraie vie (IRL disent les gens de l'internet) un gros 6ème des hommes dissociait orgasme et éjaculation ?

Et si nous allions plus loin (plus profond, si vous voulez) en imaginant que ce résultat, s'il se confirme et se reproduit, soit aux hommes ce que The Case of the Female Orgasm a été aux femmes ?

Explication : en 2005, soit l'époque sumérienne en T.E.D.T.P (temps équivalent du temps présent – et je n'ai trouvé aucun acronyme grivois à faire, vous m'en voyez désolée), ce livre (merveilleux, mirifique, les bras m'en tombent et les organes m'en descendent tellement que je n'ai pas de mot pour le qualifier à sa juste valeur), ce livre donc d'Elisabeth Lloyd réfutait méthodiquement tout ce qu'on (qui est un con, on vous le dit, on vous le répète) pensait sur l'orgasme féminin et son origine évolutive.

Preuves (♥) à l'appui, Elisabeth Lloyd y montrait que près de ¾ des femmes ne jouissaient pas à chaque fois – jamais pour 1/3 d'entre elles, que cette anorgasmie soit primaire ou secondaire. Pour Lloyd, l'orgasme féminin, contrairement à ce que LA science laissait auparavant entendre*, n'avait peu voire pas d'intérêt, évolutivement parlant. En gros, parce que LA femme peut très bien tomber enceinte sans orgasme, mais n'accepte pas vraiment le coït sans désir, il était alors pertinent de séparer l'analyse de l'excitation et celle de l'orgasme – la première n'étant pas, forcément (et même plutôt rarement) un moteur du second, vu comme une sorte de sous-produit évolutif.

En bref un « bonus ».

Alors voilà : et si les hommes, eux aussi, pouvaient dissocier de manière statistiquement significative orgasme et éjaculation ? Et si l'orgasme était une sorte de pouce du panda ? Et si ma tante en avait et qu'on pouvait l'appeler mon oncle ?

 

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* l'orgasme améliorerait le lien entre la femme et son partenaire masculin, les contractions vaginales boosteraient la fécondation en aidant le sperme à remonter vers les trompes, etc.

 

23:48 Publié dans En cours | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : éjaculation, orgasme, évolution, darius paduch, elisabeth lloyd | |  Facebook

 
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