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10 mai 2011

On ne rigole pas avec le sperme

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C'est l'histoire d'un gros ponte en chirurgie poussé à la démission à la suite d'une petite blagounette sur le sperme commise dans son éditorial d'une revue spécialisée. Et c'est une histoire qui me défrise pas mal les poils pubiens depuis plusieurs semaines. Alors autant vous en faire profiter.

En février dernier, Lazar J. Greenfield est professeur émérite de chirurgie à la Faculté de médecine du Michigan et rédacteur en chef des Surgery News, le bulletin du Collège américain des chirurgiens. Dans son éditorial du mois (où tombe la Saint-Valentin), histoire d'actualiser son propos, Greenfield passe rapidement en revue certaines des études les plus marquantes sur les fondements physiologiques de « l'amour ». Il commence par les comportements sexuels de deux espèces de mouches et leurs liens possibles avec l'activité de leur flore bactérienne, continue avec ceux des rotifères, qui alternent entre reproduction sexuée et asexuée selon les variations de leur environnement, enquille sur les humains et le probable effet anti-dépresseur du sperme et conclut, tenez-vous bien ça va être violent, par :

Il y a donc un lien plus profond entre les hommes et les femmes que celui auquel Saint Valentin aurait pu penser, et nous savons désormais qu'il existe un meilleur cadeau à faire ce jour-là que des chocolats.

Panique à la direction du Collège américain des chirurgiens, le bon mot est non seulement jugé mauvais, mais surtout offensant et sexiste. Plusieurs individus montent au créneau pour s'en offusquer (certains se disent même « effarés »). Ils font remarquer que, dans un contexte où les femmes chirurgiens brillent par leur sous-représentation et peinent souvent à se faire respecter par une hiérarchie majoritairement masculine, une telle remarque est des plus malvenues.

Greenfield s'excuse, précise que ses intentions ont été mal interprétées, qu'il a toujours œuvré pour la féminisation de sa discipline, qu'une chaire qui porte son nom est d'ailleurs actuellement tenue par une femme, Diane Simeone, etc. Rien n'y fait, le « sperme-gate » est lancé, l'édito incriminé est retiré du site du Collège et son auteur doit démissionner de son poste de rédacteur en chef – son ultime « responsabilité », en tant que scientifique à la retraite.

Alors bon, pardon d'être niaise, aveugle, ou fourrée par tous les trous d'idéologie patriarcale, mais je ne vois pas comment une telle remarque peut être qualifiée de sexiste, quel est le rapport avec un contexte académique et professionnel effectivement difficile pour les femmes, et ce qu'un tel « scandale » révèle à part les sous-entendus et les intentions de ceux qui s'en scandalisent.

L'ironie de l'histoire, c'est qu'un peu plus haut dans son éditorial, Greenfield avait eu un autre « bon mot », passé comme par hasard totalement inaperçu. Dans le paragraphe sur les rotifères qu'un stress environnemental pousse à « choisir » la reproduction sexuée (et donc à produire des individus masculins) Greenfield écrivait :

Je vous laisse tirer vos propres conclusions sur ces mâles dont la nécessité ne se fait sentir que lorsque l'environnement devient difficile.

Mes conclusions sur cette affaire, en ce qui me concerne (j'attends les vôtres), sont toujours plus ou moins en suspens, mais une chose est sûre : mon environnement deviendra très difficile quand la moindre manifestation d'humour sera synonyme d'insulte, de surcroît sexiste.

 

21:22 Publié dans diverge ça fait beaucoup | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : encore une victoire de canard | |  Facebook

 
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