Avertir le modérateur

14 juin 2011

De la génétique de l'homosexualité et de certaines aberrations parlementaires

4199675334_cfd42a39ce_o.jpg

Ces derniers temps, quand j'ai ouvert un œil vers le monde extérieur et appris que l'autorisation du mariage gay allait être discutée à l'Assemblé, je l'ai refermé bien vite, en me disant que ce n'était vraiment pas la peine, ni le moment de jouer avec mes nerffes. Que voulez-vous, j'ai beau être partisane d'une liberté d'expression absolue, cela ne signifie pas que certaines opinions ne me donnent pas envie d’étêter des poulets tout en me cachant la figure sous mes cheveux gras (on est gothique, ou on ne l'est pas).

Bref, patatras, les mêmes causes, les mêmes effets, blablabla, amdoullah ça va, on connaît la chanson, j'apprends ce soir qu'un golio à cravate a déclaré que l'homosexualité était une aberration anthropologique.

Faut dire qu'il est mignon, ce con, quand-même, il me donne une idée de sujet pour ce bloug, alors que ma cervelle était plus sèche qu'une fougasse avant son nappage à l'huile d'olive.

Remercions-le chaudement.

L'homosexualité, en effet, quand on a 2 points de QI et 2 grammes 8 à vie, ça peut paraître, sans aucun doute, un tantinet aberrant, surtout quand on a été élevé à la [papa + maman + graine + gros arrosage = bébé], ou qu'on a été en cinquième avant 1932.

Ça me faire d'ailleurs penser à un passage dans Hitch 22, de Christopher Hitchens, où il dit :

« Je pars toujours du principe que, dans la bouche de personnages publics, le moralisme sexuel est un signe d'hypocrisie, voire pire, et le plus souvent, je le prends comme le désir de s'adonner précisément aux pratiques qu'ils condamnent. Ainsi, dès que j'entends une grosse légume de Washington, ou un ecclésiastique quelconque, tempêter sur la sodomie et ses diableries, ou n'importe quoi d'autre, j'inscris mentalement son nom dans un petit carnet et je remonte ma montre avec un soupir de soulagement. Tôt ou tard – et sans doute plus tôt que tard –, on le retrouvera à genoux, dans un hôtel crasseux ou des chiottes publiques, une Visa expirée à la main, après avoir payé trop cher pour se faire pisser dessus par un travesti apache »

(Mais je m'égare)

En gros, donc, on peut se dire que si, par définition, seuls les traits avantageux d’un individu sont transmis à la génération suivante (s’ils ont une base génétique), l’homosexualité ne peut pas être avantageuse de ce point de vue puisqu’elle n’aboutit justement pas à la reproduction. CQFD mémé. Et donc que, si l’homosexualité a une base génétique, elle aurait dû s’éteindre depuis longtemps face à la concurrence des gènes hétérosexuels par nature plus prolixes.

Sauf que, c'est ballot, mais ce n'est pas le cas.

En effet, depuis l'Antiquité, des preuves de l'existence d'une minorité significative d'individus homosexuels se font jour, à la fois chez les humains (oui, on connaît les blagues sur les Grecs, ah ah oh oh), que chez les animaux. Et depuis quelques dizaines d'années, tout converge (eh eh) même pour dire qu’il existe des gènes associés à l’orientation sexuelle.

Alors, comment résoudre ce paradoxe qui pourrait brûler tous les jacquards d'un député du Nord, hein ?

Plusieurs pistes ont été proposées. Tout d'abord, Edward O. Wilson, fondateur de la sociobiologie, avait suggéré en son temps que les homosexuels pourraient être plus altruistes envers leurs parents, frères, et sœurs hétérosexuels, et qu'à défaut de transmettre directement leurs propres gènes, ils aideraient ainsi indirectement à le faire en augmentant les chances de survie des apparentés (qui, par définition, possèdent en partie les gènes concernés). Mais des études ultérieures n’ont pas montré que les homosexuels sont en moyenne plus sujets à l’altruisme familial que les autres.

Mais alors quoi ? Quoi ?

Une autre piste concerne la pléiotropie, ce qui signifie qu'un même gène peut avoir plusieurs effets, et les effets positifs contrebalancer les effets négatifs. Exemple étudié en 5ème (si on a été en classe après les expériences de Mendel sur ses pois, il est vrai) : le même gène qui provoque la drépanocytose procure un certain degré de protection contre la malaria, selon qu’il est à l’état homozygote (un seul exemplaire, effet bénéfique) ou hétérozygote (deux exemplaires, effet délétère). Ce gène persiste donc dans les populations où sévit la malaria puisqu’il est avantageux lorsqu’on possède un exemplaire unique venu de l’un de ses parents. Mutatis mutandis, il pourrait en être de même pour les gènes (sans doute nombreux) impliqués dans l’orientation sexuelle.

Et vlatipas que les premières preuves empiriques du phénomène ont été apportées voici à peine quelques années par une équipe italienne dirigée par Andrea Camperio-Ciani.

Dans cette étude, les chercheurs ont demandé à 98 homosexuels et 100 hétérosexuels mâles de remplir un questionnaire assez précis sur leur famille : frères et sœurs, cousins et cousines, oncles et tantes, grands-parents. Au total, ils ont obtenu des informations sur plus de 4600 personnes issues des lignées maternelles ou paternelles des sujets concernés.

Résultat : les apparentés des lignées maternelles sont plus fécondes chez les homos que chez les hétéros, différence qui ne se retrouve pas pour la lignée paternelle. Exemple : les mères d’homosexuels ont en moyenne 2,69 enfants contre 2,32 ; les tantes maternelles 1,98 contre 1,51 ; les grands-mères maternelles 3,55 contre 3,39. Cet avantage systématique ne se retrouve pas dans les équivalents paternels, distribués de manière aléatoire.

Conclusion des chercheurs : certains gènes qui prédisposent à l’homosexualité chez les hommes, et qui sont transmis par lignées maternelles seulement, confèrent une fertilité plus importante aux femmes. Les gènes en question sont probablement sur le chromosome X. Et cet avantage adaptatif expliquerait 14 % de la variance de la probabilité d’être homo et hétéro.

Depuis, cette étude a été répliquée sur d’autres échantillons plus nombreux (ici, ici et ici, entre autres), et démontre en effet de l’effet pléiotropique important des gènes d’orientation sexuelle dans l’évolution humaine, tout en expliquant pourquoi la minorité homosexuelle n’a jamais disparu de nos sociétés, même quand elle était persécutée ou réprouvée par la majorité – fût-elle législative.

 

21:12 Publié dans diverge ça fait beaucoup | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : mariage gay, les gens taisez-vous merci | |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu